Les grands poètes puritains anglais, l’Apocalypse, et Pouchkine

Milton et Bunyan, deux grands poètes puritains anglais du 17ème siècle, de l’époque où l’Angleterre décapita son roi, et se donna Cromwell pour Lord Protecteur de sa nouvelle République ont fortement intéressé Pouchkine. Un an avant sa mort, il traduit The Pilgrim’s Progress de Bunyan. Cromwell n’est pas loin, et Pouchkine ne supporte pas la tragédie de Hugo.

Georges Nivat.
L’Apocalypse a toujours fasciné les vieux-croyants russes, ces puritains de l’Outre- Volga. Leurs ateliers clandestins recopiaient et illustraient le livre des visions de saint Jean (qui fut quasiment exclus du Nouveau Testament à Byzance pendant deux siècles). Voici un détail (une miniature) ; tiré d’un manuscrit sans date, du XIXe siècle, acquis en 2001 par la Maison Pouchkine. Il représente l’Enfer, où iront les pécheurs du vieux monde que fuient aussi bien les puritains anglais que les « fuyards » russes, quelle que soit leur secte.

Alexandre Pouchkine s’est intéressé aux deux grands poètes puritains de l’Angleterre. A John Bunyan (1628-1688), il a emprunté le héros du poème « The Pilgrim’s Progress ». Écrit le 26 janvier 1835, peu de temps avant le duel fatal, le poème « Le pèlerin » (« Strannik »), est une traduction libre du chant I de l’œuvre de Bunyan, où est décrite la fuite de Chrétien, le héros de Bunyan, loin d’un monde qu’il hait. Ce thème apocalyptique, qui a envahi toute l’Europe à partir de Jérôme Bosch puis des gravures de Dürer, était cher aux Vieux-croyants russes ; les marchands d’Outre Volga avaient tous des Apocalypses illustrées (Litsevye Apokalipsisy), qu’on déroulait devant les enfants le dimanche (il y avait des rabats horizontaux et verticaux, le livre manuscrit était comme une sorte de pieuse BD)